aveu

aujourd’hui, visite à Paris-VIII. Présentation du violon, contemporain, organologie, notation, intérêt, limites, trajectoires, un peu d’histoire. Premier cours, pour la classe curieuse, pleine d’artisanat (qui est la curiosité pour l’outil), de José-Manuel Lopez, de notes musicales (je ne mens pas!) prises au cours de quelques 4 heures de temps de parole et de jeu. Premier cours de l’année, première “visite”, par les élèves, des locaux de St Denis depuis… fin octobre. Modes de jeux, exemples, discussions, retours en arrière, commentaires et critiques, celles-ci rassurantes ou préventives, le tout dans une cité du savoir et de la recherche abandonnée (la cité), devenue perpétuellement transitive, changeant d’état, de condition de vie, celle-ci j’imagine conditionnelle d’une marée, d’un genre de hasard. Léthargie forcée, dont je doute (pour être poli) qu’elle va dans le sens du désir des étudiants. Pour moi, première entrée depuis 2019 dans un lieu d’enseignement, et cette fois-ci dans le but d’apporter les miens (reçus et inventés).

Quand je parle d’artisanat, c’est que je le dis en tant que musicien, mais artisan avant tout moi-même; car il faut se faire non seulement des oreilles pour la modernité, mais tout autant des mains, lire les articulations du texte, de la partition, ses libertés, différemment. L’esquisse n’est peut-être que la glaise, où le formel et le temporel se vouent une lutte dragonesque, talmudique, mais c’est précisément de cela que je pourrai, lecteur-explorateur-interface, dévouer mon travail aux zébrures qui s’en échappent, qui définissent l’œuvre, qui avouent son instantanéité (telle œuvre ne daterait pas, mais viendrait). J’avoue qu’il n’est pas de mon intérêt de servir le passé quand on sait pertinemment que ce qu’on nomme “demain” (comment oser le nommer si tôt?) n’en sort pas directement armé. Les armes du futur, les yeux, mains, jambes (car la pensée avance), c’est dans ce demain, plus proche peut-être, mais aveugle, de la parole et de l’échange qu’elles se fondent, qu’elles se font non plus armes, mais mais rivières pour la pensée. Dialoguer, cerner et ouvrir certaines idées (dire pourquoi quelque chose marche sur l’instrument, plutôt que comment, pour dissiper doute, créer doute), en fermer d’autres (il faut redéfinir Cage), éviter cette fausse libre circulation du savoir, car le savoir est dirigé. Les traités, les généralités, elles, effectivement, baignent dans le présent, y circulent. Mais la communication est l’incarnation du point de vue (d’où le terme arme: ce point de vue peut être menaçant, aliénant, même, cependant qu’il observe toujours même ce à quoi il ne saurait adhérer, arme donc de contact, et non agressive). La communication serait pic, acération, véracité, par lesquelles les informations, les généralités seraient portées au rang de bruine de savoir, mais aussi s’échouer, se briser (trouver par là l’enclume des doxas, pour se faire route d’un rayon de soleil, reprenant simplement Parménide – le marteau se doit de désirer non son maître, mais sa propre descendance – l’origine de l’écoute ne vient-elle pas de Pythagore à l’écoute des forgerons?) Ainsi, j’écoute ceux et celles qui, par leur communication à cette drôle interface qu’est l’interprète, celle-ci armée d’un violon et dépourvue de lui, cela même que je constitue et qui me constitue, ils et elles brisent leurs doxas, épient leurs idées écloses demain déjà poindre sur le drôle de corps mouvant, non articulé, mais parlant de l’instrument.

(Ceci n’est ni maïeutique, ni rhétorique, ni démonstration. Cependant, je ne sais pas encore ce que c’est)

Voir comment la communication peut faire de la prose, comment ce lexique du savoir-faire peut se muer, dans la partition, en un savoir-vivre, un véritable savoir-vivre sur la portée et ses notes, dans la compréhension du mariage si difficile entre geste instrumental et geste musical. Rêver à défaut de mariage ou d’enfantements véritables, en tout cas un milieu, non opposition, mais bien contraste. (Y. Ritsos ne dit-il pas que la ligne sépare et unit?) Quels signes, avant de penser au son, peuvent permettre un tel passage, peuvent commettre pareil rôle! D’où la nécessité de cet espace pour la pensée, espace flottant autour du corps de l’instrument, et cet autre corps, plus articulé, mais plus souple, du signe, du sigle, du signal. Le sublime, l’inoubliable n’existent pas vraiment, en dehors de ces deux corps qui pourtant pourraient se nuire, s’empêtrer, (musicien-ne et musique). Sans même parler de ça, la réalité n’a de saisie possible que par ce contact. De même que qui crée la musique, la pense en premier, la note pour la mesurer, pour ne pas l’oublier, pour la déformer, réformer, contreformer, formuler, ainsi nous notons en interprètes, gravons dans l’air dans l’espoir de ne pas faire oublier, en nous et en l’air, réformer à notre tour, non un passé chimérique et isolé, étroit, mais ce futur, alors même qu’on le nomme, on le remercie déjà.

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